Le Palais Gallien : Plongée au cœur des ruines romaines de Bordeaux

Visites et excursions

Julien

16 avril 2026

Loin de la classique Place de la Bourse, partez à la découverte des ruines du Palais Gallien, qui se trouve être le plus ancien vestige de la ville.

Témoin silencieux de la splendeur de la ville antique de Burdigala (nom romain de Bordeaux), cet amphithéâtre gallo-romain offre un voyage fascinant dans le temps. Niché discrètement au milieu du tissu urbain contemporain, ce site archéologique dévoile les origines d'une cité prospère et constitue un incontournable du patrimoine bordelais.

Palais Gallien – Gravure du XVIème siècle
Ausone de Vinet – Bibliothèque de Bordeaux
Palais Gallien – Gravure du XVIème siècle
Ausone de Vinet – Bibliothèque de Bordeaux

Malgré son nom qui peut prêter à confusion, le Palais Gallien n'a jamais été une résidence royale : c'est bel et bien un grand amphithéâtre romain.

Pendant longtemps, les historiens ont pensé que sa construction datait du IIIe siècle, sous le règne de l'empereur Caracalla ou de l'empereur Gallien. Cependant, de récentes fouilles archéologiques (menées de 2010 à 2012) ont permis de revoir cette datation, fixant son édification à la fin du Ier siècle ou dans la première moitié du IIe siècle.

À cette époque, Burdigala était un centre commercial et administratif très florissant de la province d'Aquitaine.

L'édifice de spectacles a été bâti en dehors des murs de la ville antique, de sorte qu'il fallait quitter les faubourgs en passant par la porte Dijeaux et emprunter une voie romaine pour s'y rendre. C'est l'humaniste Élie Vinet qui, dès 1580, a fini par démontrer qu'il s'agissait réellement d'un amphithéâtre.

Si le monument n'est pas un palais, pourquoi l'appelle-t-on ainsi ? Le nom de "Palais Gallien" apparaît dans les écrits bordelais en 1367, remplaçant sa précédente appellation "les Arènes", utilisée au Xe siècle.

Plusieurs légendes locales entourent ce toponyme. Selon la première, des moines traversant le secteur au Moyen-Âge auraient confondu ces ruines grandioses avec un ancien palais.

D'autres croyances populaires lient l'édifice à l'empereur romain Gallien, ou encore à la reine légendaire "Galienne".

Dans l'imaginaire médiéval, Galienne aurait été l'épouse de Cénébrun (le tout premier roi de Bordeaux), ou bien la maîtresse puis la femme du célèbre Charlemagne.

Palais Gallien Bordeaux

À l'origine, les dimensions de cette arène romaine étaient monumentales. L'édifice dessinait une vaste ellipse d'environ 130 à 132 mètres de long sur 105 à 111 mètres de large, le tout s'élevant à 25 mètres de hauteur.

L'aire de combat centrale (l'arène) mesurait quant à elle entre 70 et 74 mètres de long sur environ 54 mètres.

D'un point de vue architectural, les constructeurs ont fait preuve d'une grande maîtrise. La façade harmonieuse utilisait la technique de l'opus mixtum : une alternance esthétique et solide de sept lits de moellons (pierres calcaires) et de trois lits de briques.

Les portes d'accès, appelées vomitoires, bénéficiaient de décors soignés avec des pilastres toscans au niveau du rez-de-chaussée et doriques à l'étage.

Le monument s'articulait autour de sept ellipses concentriques nervurées par 64 travées.

Fait particulièrement novateur et étonnant pour une bâtisse de cette ampleur : les gradins n'étaient pas en pierre, mais en bois ! Ils étaient posés sur une immense charpente encastrée dans des trous carrés prévus dans les murs annulaires.

Conçue pour le grand spectacle, cette arène était capable d'accueillir une jauge impressionnante estimée entre 15 000 et 22 000 spectateurs.

Cela signifie que le Palais Gallien pouvait asseoir le double de la population bordelaise de cette époque !

Les habitants venaient y admirer des exécutions publiques, des combats acharnés de gladiateurs, ainsi que des chasses aux animaux sauvages appelées "venationes".

“Vue des Ruines de l’Amphithéatre de Bordeaux vulgairement appellé palais Galien” – XVIIIème siècle par Daubigni
Bibliothèque Nationale de France
“Vue des Ruines de l’Amphithéatre de Bordeaux vulgairement appellé palais Galien” – XVIIIème siècle par Daubigni
Bibliothèque Nationale de France

À la fin de l'ère antique, le destin du monument bascule. D'après la tradition populaire, l'amphithéâtre aurait été gravement incendié lors des incursions des Francs et des Gaules (selon certaines sources) autour des années 275-276. À cause de ses nombreux gradins en bois, le site aurait brûlé pendant deux jours pleins. (Il est toutefois à noter que les archéologues modernes n'ont trouvé aucune preuve formelle pour attester de cet incendie destructeur).

Tombé en désuétude au Moyen-Âge, le colisée bordelais devient d'abord une carrière où les habitants récupèrent des blocs de pierre.

Plus tard, au XVIIe siècle, l'édifice se mue en repaire coupe-gorge. Ses ruines abritent les marginaux, les criminels et les "filles publiques" (prostituées).

Pire encore, la rumeur locale raconte que le lieu est maudit et que les sorcières s'y donnent rendez-vous pour organiser le Sabbat.

Le massacre du site s'accentue dramatiquement pendant la Révolution française (1789-1793), période durant laquelle l'amphithéâtre sert vulgairement de dépotoir.

Le terrain est ensuite transformé en carrière publique par la municipalité révolutionnaire, puis mis en vente sous forme de 35 lots dès 1793.

Des accès perpendiculaires sont percés, détruisant au passage des parties monumentales de l'édifice.

Lotissement du Palais Gallien par la mairie de Bordeaux en 1793
Lotissement du Palais Gallien par la mairie de Bordeaux en 1793

Le salut survient en 1800 : à la demande de Lucien Bonaparte, le Préfet Thibeaudeau publie un arrêté visant à stopper net les dégradations. Quarante ans plus tard, en 1840, le Palais Gallien gagne enfin ses galons de noblesse en étant classé au titre des monuments historiques, date depuis laquelle, selon certaines références, il serait rattaché au patrimoine mondial de l'Unesco.

Au fil du XXe siècle, de grandes campagnes de fouilles ont pu être menées, notamment sous la direction du chercheur Robert Étienne de 1953 à 1964.

Palais Gallien Bordeaux

Aujourd'hui, si une grande partie de la structure antique a été engloutie par les constructions urbaines, s'intégrant parfois jusque dans les caves et les jardins des particuliers, le Palais Gallien demeure le seul vestige gallo-romain apparent de Bordeaux.

L'astuce visite : Rendez-vous du côté de la rue du Docteur Albert-Barraud ou au bout de l'impasse de la rue du Colisée pour observer la spectaculaire "porte du Couchant" (entrée nord-ouest) et ses superbes arcades.

Le site, désormais aménagé tel un paisible jardin public propice à la détente, est desservi par la ligne D du réseau de tramway TBM (stations Croix de Seguey ou Fondaudège Muséum).

L'accès à cette véritable fenêtre sur l'Histoire est libre et gratuit toute l'année, de 9 h à 19 h selon la saison.

Pour une immersion approfondie, sachez que des visites guidées sont également organisées pendant l'été (du 1er juin au 30 septembre).

Les tarifs vont de 3€ pour les visites en journée à 5€ pour les noctu-visites.

Pour une histoire approfondie du Bordeaux gallo-romain, deux dates sont pour le moment disponibles : le samedi 9 mai et le samedi 13 juin 2026. (13€ par adulte, 10€ pour les jeunes de 13 à 17 ans et 6,50€ pour les jeunes de 5 à 12 ans). Cette visite guidée comprend la visite du premier cimetière chrétien de Bordeaux, l'amphithéâtre du Palais Gallien ainsi que le récit de plusieurs lieux et légendes historiques bordelais.

Tèl : 05 56 00 66 00M

N'hésitez plus : lors de votre prochaine flânerie bordelaise, laissez-vous séduire par l'incroyable récit gravé dans les pierres du Palais Gallien.

Nos autres articles ICI.

0 commentaire